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Belgique: Charles Michel: une carrière fulgurante

Ces dernières semaines, la situation politique belge (tant au fédéral qu’au régional) s’est relativement calmée, et ce notamment à cause des nominations au niveau européen ayant massivement retenu l’attention des médias. En effet, le 2 juillet, alors que le Parlement européen tenait sa première séance à Strasbourg, les chefs d’États et de gouvernements européens se sont entendus sur les différents candidats aux fonctions européennes suprêmes. Outre le poste très convoité de président de la Commission européenne, les dirigeants européens devaient également parvenir à un accord quant à la présidence du Conseil européen, au poste de Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ainsi qu’à la présidence de la Banque centrale européenne.

Dans ce contexte, la nomination du Belge Charles Michel au poste de président du Conseil européen n’est pas une surprise. En plus de n’avoir jamais caché ses ambitions européennes, son actuel statut de Premier ministre du gouvernement – en affaires courantes, certes – a joué en sa faveur. De fait, être chef de gouvernement est en réalité un critère implicite permettant de prétendre au poste de président du Conseil européen. Après Herman Van Rompuy, ancien Premier ministre belge, Charles Michel est désormais le deuxième Belge à être élu à cette fonction depuis la création de ce poste en 2009.

Tout semble avoir joué en la faveur de Charles Michel. Tout d’abord, le Parti Populaire européen (PPE) ayant pris du plomb dans l’aile aux élections, la droite européenne n’était pas (ou plus) en position de revendiquer les deux postes de « présidents européens ». Le PPE s’est donc focalisé sur la présidence de la Commission, laissant aux libéraux de Renew Europe (RE) la marge de manœuvre nécessaire pour placer l’un des leurs à la tête du Conseil européen. Aussi, Charles Michel a évité la confrontation avec son homologue néerlandais, Mark Rutte (pressenti pour succéder à Donald Tusk), qui a préféré continuer la politique au niveau national. Enfin, bien que les noms de figures libérales majeures telles que de Margrethe Vestager et Guy Verhofstadt aient circulé, ceux-ci ne visaient pas le poste de président du Conseil européen : Vestager avait en effet annoncé vouloir rester commissaire européenne tandis que Verhofstadt se concentrait sur la présidence du Parlement européen, ce qui a échoué.

Le grand gagnant des nominations européennes semble être le président français Emmanuel Macron qui, à tous les niveaux, voit toutes ses demandes satisfaites. Avec Charles Michel au Conseil européen, il a réussi à placer l’un de ses meilleurs alliés à un poste de choix. Aussi, le fait que sa compatriote Christine Lagarde ait été nommée candidate à la présidence de la BCE lui permettra d’avoir une ligne directe avec Francfort. Ursula von der Leyen, nommée candidate à la présidence de la Commission européenne, aurait quant à elle été suggérée par Macron lui-même. Pour couronner le tout, la mort du système des Spitzenkandidaten (aucun d’entre eux n’a été nommé à un poste important) convient parfaitement au président français, publiquement opposé à ce système depuis le début.

Du haut de ses 43 ans, Charles Michel est par conséquent l’un des plus jeunes dirigeants européens. La question est maintenant de savoir qui le remplacera (temporairement) en tant que Premier ministre. Des noms comme Didier Reynders et Sophie Wilmès circulent, mais le nouvel emploi de Michel ne commence qu’en décembre. D’ici là, tout reste possible ; peut-être la Belgique aura-t-elle un nouveau gouvernement ?