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Belgique : quelles sont les coalitions les plus probables ?

Ces derniers jours, les négociations en vue de former des coalitions gouvernementales aux différents niveaux de pouvoir battent leur plein, particulièrement au niveau des entités fédérées. Au niveau fédéral, les négociations devraient, étant donné les résultats des élections, prendre beaucoup plus de temps.

Concernant Bruxelles, il est impératif qu’une majorité soit formée dans les deux groupes linguistiques composant le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale – le groupe néerlandophone et le groupe francophone. Du côté des néerlandophones, les partis flamands se sont entendus, la semaine dernière, afin de former une coalition incluant Groen, l’Open Vld et one.brussels (sp.a), constituant ainsi une majorité de 10 personnes sur les 17 membres néerlandophones. L’ancien partenaire de la coalition néerlandophone, le CD&V, ne fera donc plus parti du gouvernement bruxellois, laissant ainsi sa place au vainqueur de l’élection, et désormais plus important parti néerlandophone à Bruxelles, Groen. Du côté des partis francophones bruxellois, il a été aujourd’hui (jeudi 13 juin) annoncé que le PS, Ecolo et DéFi devraient former la prochaine coalition. Ici aussi, les démocrates chrétiens sont donc remplacés par les écologistes, le cdH ayant lui-même choisi de rester dans l’opposition à tous les niveaux de pouvoir. Malgré la demande de l’Open Vld d’impliquer le MR dans le nouveau gouvernement bruxellois, il semble donc que les libéraux francophones s’apprêtent à rejoindre l’opposition. De plus, si les sièges du PTB additionnés à ceux d’Ecolo et du PS suffiraient pour former une majorité au sein du groupe francophone, l’exigence du PTB d’intégrer le PVDA au sein de la coalition bruxelloise ne passe pas chez les néerlandophones, ceux-ci ayant décidé de ne pas former de coalition avec le pendant flamand du PTB.

En Flandre, le Vlaams Belang a été reçu pour la troisième fois par le formateur flamand Bart De Wever (N-VA). Cependant, cela n’indique pas – encore – la rupture du cordon sanitaire, d’autant plus que la N-VA et le Vlaams Belang auraient besoin d’un troisième partenaire pour former une majorité et qu’aucun des autres partis flamands n’a pour l’instant indiqué vouloir gouverner avec le Vlaams Belang. Pour cette raison, diverses rumeurs ont déjà circulé à propos de la formation d’un gouvernement minoritaire composé du Vlaams Belang et de la N-VA avec le soutien de l’Open Vld ou d’un gouvernement entre la N-VA et l’Open Vld avec le soutien du Vlaams Belang. Ce genre de configuration n’est néanmoins pas courant en Flandre et ne semble pas non plus viable à long terme. Contre toute attente, la coalition actuelle N-VA, CD&V et Open Vld pourrait donc continuer à gouverner, bien que cela serait perçu par les électeurs flamands comme étant un “gouvernement des perdants”. Il sera en effet complexe de justifier l’absence du Vlaams Belang, deuxième parti en Flandre, du gouvernement flamand alors que celui-ci est passé de 6 à 23 sièges. Une chose est certaine : la N-VA reste mathématiquement incontournable.

En Wallonie, la situation se clarifie, notamment grâce au cdH. Les démocrates chrétiens ont en effet déclaré ne pas vouloir coopérer, excluant la possibilité d’un gouvernement de centre-gauche. En outre, le PTB a également indiqué cette semaine qu’il ne croyait pas au projet du PS. Un gouvernement progressiste de gauche est donc également exclu. Par conséquent, il semble que l’option la plus probable soit une coalition entre le PS et le MR. Cette coalition, si elle aboutit, devrait avoir des conséquences sur les négociations au niveau fédéral.

Au niveau fédéral, le rapport des deux informateurs, Johan Vande Lanotte (sp.a) et Didier Reynders (MR), est attendu le 17 juin. Les deux hommes, qui ne devraient plus être très actifs politiquement (du moins au niveau belge) ont été ministres sous les gouvernements violet-vert et violet de Guy Verhofstadt (Open Vld) entre 1999 et 2007. Serait-ce un signe ? En principe, un gouvernement violet-vert aurait une majorité, mais celle-ci serait trop courte pour être exploitable. Seul le CD&V pourrait rendre cette coalition viable. Celle-ci serait alors constituée de 7 partis, le cdH ayant donc indiqué qu’il rejoindrait l’opposition à tous les niveaux de pouvoir.

Néanmoins, il est possible d’imaginer une autre coalition tout aussi (si pas plus) farfelue : un gouvernement dans lequel les partis les plus importants des deux groupes linguistiques se rencontreraient, à savoir la N-VA et le PS, rejoints par le MR, l’Open Vld et le sp.a. Ensemble, cette majorité aurait 80 sièges et seulement 5 partis. Évidemment, l’éventualité d’une telle coalition dépend surtout de l’entente entre le PS et la N-VA, qui sont très différents idéologiquement. Les autres options semblent quant à elles très improbables, car il est en effet impossible de former une majorité tant à gauche qu’à droite. Une chose est sûre : la coalition suédoise fédérale doit et va changer.