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Formation du gouvernement : 1 mois plus tard. Mission impossible ?

Les négociations sont dans une impasse. Les informateurs fédéraux Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a) semblent jeter l’éponge et devraient annoncer lundi 1er juillet, date-butoir fixée par le Roi lui-même, qu’ils ont échoué dans leur tâche de former un gouvernement.

Il n’est pas étonnant que l’échec de leur mission ait déjà été annoncé cette semaine. Depuis un certain temps, Didier Reynders faisait en effet de son mieux pour pousser sa candidature à Strasbourg dans le but de devenir le nouveau Secrétaire Général du Conseil de l’Europe – poste qui a finalement été attribué à sa concurrente croate. Au niveau fédéral, peu de gens parviennent à répondre de l’absence de Reynders à Bruxelles et se trouvent, par conséquent, bien incapables de donner de quelconques garanties quant à la stabilisation des négociations. Carl Devos, professeur à l’Université de Gand, considère pour sa part que la situation est désespérée. Pour lui, la formation de majorités au niveau régional est une condition préalable au progrès des négociations au niveau fédéral.

Certes, la formation d’un gouvernement fédéral n’a jamais été une mince affaire, particulièrement au cours des dernières années. Cependant, les élections de mai 2019 ont tellement rebattu les cartes que, cette fois, la situation politique belge parait encore plus compliquée qu’auparavant. L’écart entre les deux plus grands partis, le PS et la N-VA, est très grand. Si le fossé idéologique entre les deux partis était déjà clair durant la campagne électorale où les vetos préalables ont fusé, le PS et la N-VA refusent toujours de convenir d’une simple réunion maintenant que les élections sont terminées.

Dans ce cas de figure, une coalition violet-vert apparait comme la seule alternative – du moins la seule qui soit réaliste. Néanmoins, cette coalition potentielle entre 8 partis, dont la majorité est en proie à une crise d’identité existentielle post-électorale, ne sera pas simple à présenter comme une solution-miracle. De plus, c’est la première fois dans l’histoire belge que les partis traditionnels ne peuvent pas former une majorité ensemble. La possibilité de réunir le PS et la N-VA à la table des négociations est maintenant entre les mains du Roi : il pourra en effet, lundi prochain, désigner une personne de chaque parti (ou une seule personne d’un seul parti) en tant que nouveaux informateurs. Dans ce contexte, il est à noter que les présidents des deux principaux partis belges, Bart De Wever (N-VA) et Elio Di Rupo (PS), ne sont pas disponibles, pour la simple et bonne raison qu’ils essaient encore de former un gouvernement au niveau régional (ce qui souligne encore une fois l’importance des Régions).

Au niveau régional, les discussions se poursuivent et semblent aller dans le sens de la création de gouvernements minoritaires. A ce titre, la formation de gouvernements régionaux prend donc également du temps. En Flandre, Bart De Wever a déjà consulté deux fois les différents partis. Seul le PVDA n’a pas été invité une deuxième fois et seul le Vlaams Belang a été invité une troisième fois. Selon De Wever, les négociations avec le Vlaams Belang ont permis d’aborder des thèmes tels que l’éducation, le bien-être et l’immigration. Ensemble, les deux partis n’atteignent pourtant pas la majorité, à 5 sièges près. De leur côté, tous les autres partis ont déjà clairement indiqué qu’ils ne souhaitaient pas gouverner avec le Vlaams Belang. Pour la N-VA, rien ne presse : la semaine prochaine, De Wever se rendra en Colombie pour le Sommet mondial des villes. Contrairement à la coutume, donc, il ne devrait pas y avoir de nouveau Ministre-Président à la Fête de la Communauté flamande du 11 juillet. En Wallonie, le PS ne veut absolument pas négocier avec le MR qui l’a remplacé au gouvernement wallon après le scandale Publifin. Malheureusement pour les socialistes et les écologistes wallons, il manque 3 sièges à leur potentielle coalition « coquelicot » pour constituer une majorité, et jusqu’à présent, le cdH se tient à sa décision de rejoindre l’opposition, bien que le PS espère convaincre les démocrates-humanistes de changer d’avis.

Enfin, si les choses semblaient plus claires au niveau bruxellois étant donné que des majorités avaient été trouvées au sein des deux groupes linguistiques, l’Open Vld a, cette semaine, refusé de participer aux négociations en signe de protestation contre l’exclusion de son parti-frère francophone, le MR, de la majorité linguistique francophone bruxelloise.