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Formation du gouvernement : la politique des petits pas ?

Dimanche le 28 juillet, plus de deux mois après les élections, les plus grands partis politiques belges se sont réunis afin de poursuivre les négociations relatives à la formation d’un gouvernement fédéral. Cette réunion n’était pourtant pas gagnée, comme en témoigne la récente annulation de la rencontre « secrète » entre le PS et la N-VA. Aussi, le refus d’Ecolo de participer aux négociations fédérales avec la N-VA a fait beaucoup de bruit. Il semble que les partis politiques soient toujours en campagne.

Une majorité au fédéral autour d’un couple PS-N-VA (à laquelle se joindraient le MR, l’Open Vld, et le sp.a) apparait comme la forme de coopération la plus logique, les deux partis étant les plus importants de chaque côté du pays. La N-VA, devenue un véritable parti de gouvernement, se maintiendrait de cette manière au pouvoir. De son côté, le PS aurait également beaucoup à gagner d’une participation au gouvernement, notamment après une cure d’opposition de cinq ans au fédéral et son éviction du gouvernement wallon par le MR en 2017. Cependant, il ne sera pas aisé de réunir autour de la table ces deux partis, très éloignés idéologiquement.

Dans ce contexte, le MR et le sp.a feraient office de pont entre le PS et la N-VA. Néanmoins, toute médiation au niveau fédéral aura un impact au niveau régional. En effet, et bien que cela existe, il serait mal vu qu’un parti soit présent dans une majorité fédérale mais soit absent d’une majorité régionale (et inversement).

Du côté flamand, le sp.a, qui a désormais la possibilité de coopérer tant au niveau fédéral que régional, a soudainement changé de stratégie : alors qu’après les élections, les membres du conseil d’administration du parti avaient indiqué qu’ils préféraient l’opposition (tant au régional qu’au fédéral), ceux-ci ont le 31 juillet officiellement mandaté John Crombez, président du sp.a, afin qu’il puisse s’asseoir à la table des négociations flamandes avec l’informateur Bart De Wever (N-VA). Cette coalition « bourguignonne » (N-VA, Open Vld, sp.a) a déjà un précédent : la ville d’Anvers, fief de De Wever. Si un certain nombre de socialistes semblent s’opposer à toute forme de coopération avec la N-VA, cela pourrait également faire partie d’une stratégie visant à ne pas participer à un gouvernement à n’importe quel prix.

Du côté francophone, c’est le MR qui servirait de passerelle entre les socialistes francophones et les nationalistes flamands, notamment grâce à la présence du parti libéral francophone au gouvernement fédéral aux côtés de la N-VA au cours de la législature précédente (bien que cela ne fut pas sans encombre). Aussi, depuis la mort dans l’œuf de la coalition « coquelicot » qui avait pour but de réunir le PS et Ecolo au niveau wallon, le MR est désormais impliqué dans les négociations en Région wallonne. Ecolo semble désormais en mauvaise posture : en dépit de leur très net succès électoral, les écologistes ne semblent pas en mesure d’en tirer réellement profit tant au niveau fédéral qu’au niveau régional. De plus, le parti n’est pas mathématiquement nécessaire pour former une majorité au niveau wallon.

Parce que tout en politique belge semble étroitement lié, une coalition fédérale violet-jaune pourrait donc induire un gouvernement « bourguignon » en Flandre, assurant de la sorte un parallélisme quasi-parfait entre ces deux niveaux de pouvoir. En Wallonie, si la formation d’un gouvernement violet-vert est très probable, il est toujours possible que les écologistes sortent de la majorité en cours de route.

Evidemment, tout reste envisageable et aucune hypothèse n’est pour l’instant vérifiée. Dans le cas d’une majorité fédérale violet-vert, celle-ci n’atteindrait que 76 sièges. La question serait alors de savoir à quel point le MR et l’Open Vld se sentiraient à l’aise dans un gouvernement de gauche. Au vu des relations entre la section bruxelloise de l’Open Vld et l’administration du parti au niveau national n’étant pas au beau fixe, cela parait en effet d’autant plus compliqué. Il est frappant de constater que les démocrates-chrétiens jouent à peine un rôle dans chacune de ces hypothèses : le CD&V et le cdH semblent panser leurs blessures après leurs résultats décevants aux élections.

Les négociateurs fédéraux Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a) poursuivront leur mission jusqu’au 9 septembre, puis rendront leur rapport au Roi.

Avant le 26 août, la Belgique doit également désigner son commissaire européen. Etant donné qu’un commissaire européen est considéré en Belgique comme aussi important qu’un ministre, sa désignation pourrait induire une accélération des négociations au niveau belge.