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L’influence des Belges baisse-t-elle en Europe ?

Aujourd’hui, alors que les Parlements régionaux se sont déjà réunis en plénière au cours des jours précédents, c’était au tour du nouveau Parlement fédéral de se réunir. Du côté du Parlement européen, il faudra attendre le début du mois de juillet pour que les nouveaux eurodéputés se réunissent. Il est à noter que, contrairement au niveau belge, l’appartenance à un parti national ne détermine pas nécessairement dans quel groupe politique européen un député de l’Union européenne va siéger. Aussi, il est toujours possible que les groupes politiques européens changent en cours de législature, car si certaines fractions intra-partisanes peuvent disparaître, de nouvelles peuvent également naître. Faisons un état des lieux.

Au Parlement européen (PE), le plus grand parti politique belge reste la N-VA. Après plusieurs tentatives en vue de constituer un nouveau groupe politique avec des partis régionalistes, les cadres du parti nationaliste flamand ont annoncé le 19 juin qu’ils feraient de nouveau partie du CRE, les Conservateurs et réformistes européens. Actuellement, le CRE est le sixième groupe le plus important au PE, alors qu’il était le troisième au cours de la législature précédente. Au sein de ce groupe, la N-VA risque d’avoir du mal à clarifier sa position : outre les conservateurs britanniques, le CRE est en effet composé du très controversé parti polonais PiS, du « Forum pour la démocratie » néerlandais et du parti espagnol Vox. C’est avec ce dernier parti que la N-VA devrait avoir le plus de mal à trouver des points d’accord. En effet, alors que la N-VA soutient l’indépendance de la Catalogne, le parti Vox plaide quant à lui pour une Espagne unitaire. Par contre, l’eurodéputée N-VA Assita Kanko est la vice-présidente du groupe CRE au PE. Aussi les autres membres élus de la N-VA se retrouvent dans de bons comités. Par exemple, l’ancien Ministre-Président flamand Geert Bourgeois va siéger à la Commission du Commerce Extérieur. Est-ce un signe que la N-VA a bien négocié ?

Concernant le Vlaams Belang, le parti d’extrême droite fait son entrée au PE avec trois sièges. Actuellement, les élus européens du Vlaams Belang siègent au sein du groupe Europe des nations et des libertés (ENL). Récemment, l’ENL a changé de nom pour devenir le groupe « Identité et démocratie » (ID), une création de l’Italien Matteo Salvini et de la Française Marine Le Pen. Le 26 mai, les partis europhobes ont réalisé des scores considérables et sont devenus, par conséquent, le cinquième groupe politique le plus important du PE, juste après les écologistes. Mieux encore pour l’ID, celui-ci deviendra le quatrième groupe du PE en raison du départ des écologistes britanniques. Le groupe d’extrême droite devrait donc voir son influence grandir, ce dont le Vlaams Belang pourrait tirer profit, par exemple avec de meilleures positions dans les commissions parlementaires.

Du côté libéral, l’Open Vld et le MR ont tous deux remporté deux sièges, c’est-à-dire un siège de moins que sous la législature précédente. Cependant, principalement grâce à l’adhésion du parti du président français Emmanuel Macron, La République en Marche, le groupe libéral est devenu le troisième groupe du PE. Autrefois appellé l’Alliance des démocrates et des libéraux d’Europe (ALDE), le groupe vient d’ailleurs d’être renommé « Renew Europe » afin de satisfaire la délégation française, soucieuse de délaisser le qualificatif « libéral » du groupe, vocable plutôt mal vu en France. En plus de cette controverse autour du terme « libéral », c’est également la personne de l’eurodéputé Guy Verhofstadt qui est pour l’instant problématique. En effet, l’ambition personnelle de l’ancien Premier ministre belge de devenir président du PE semble, pour certains, être en contradiction avec la mentalité du nouveau groupe politique, qui a également choisi Dacian Cioloș comme successeur de Verhofstadt. Le nouvelle groupe aimerait beaucoup voir la Danoise Margrethe Vestager assumer la fonction de présidente de la Commission européenne (le plan B de la Commissaire européenne consisterait alors à viser la présidence du Conseil européen). Concernant ledit poste de président du Conseil européen, ce sont les noms de Charles Michel et du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, libéraux également, qui reviennent de manière récurrente.

Malgré l’ambition de Renew Europe, c’est le Parti populaire européen (PPE) qui reste le groupe politique le plus important au PE. Le CD&V, le cdH et le CSP germanophone sont membres de ce groupe, représentant ensemble quatre sièges. Bien que le PPE ait beaucoup perdu aux élections européennes et malgré les difficultés internes relatives au controversé Premier ministre hongrois Viktor Orbán (dont le parti est également membre du PPE), le PPE revendique la présidence de la Commission européenne. Officiellement, le candidat de la droite européenne est l’Allemand Manfred Weber. Cependant, à cause de son manque d’expérience, un autre nom revient de plus en plus fréquemment, celui de Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour l’UE. Pour la Belgique, c’est le CD&V qui fournit la Commissaire européenne belge Marianne Thyssen. Le prochain Commissaire européen pour la Belgique devrait être désigné en fonction du résultat des négociations au niveau fédéral, et son portefeuille sera déterminé par le nouveau président de la Commission. Cependant, plus les négociations nationales durent longtemps, plus il est probable que la Belgique se voit attribuer un portefeuille moins important.

Enfin, en ce qui concerne les écologistes, le parti francophone Ecolo a gagné un siège tandis que son homologue flamand, Groen, est resté constant, tout en envoyant Petra De Sutter pour la première fois dans l’hémicycle européen. En tant que quatrième groupe, le groupe écologiste européen devrait accroître leur influence. Il reste désormais à voir dans quelle mesure les partis belges pourront en bénéficier.

Au cours de la prochaine législature, le Parlement européen sera donc très différent, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur la politique au niveau belge. Le plus grand parti politique belge, la N-VA, continuera de faire partie du CRE, alors même que le groupe CRE, ayant perdu de sa superbe, soit devenu le sixième groupe du PE et doivent faire face à des conflits internes. Le départ de Guy Verhofstadt comme chef de file de l’ALDE, maintenant troisième groupe au PE, est également un point négatif pour l’influence belge au PE. A l’heure actuelle, il est difficile de prévoir si le libéral aura un rôle et si oui, lequel. De plus, le départ de Philippe Lamberts, co-leader des Verts, mais aussi de Kathleen Van Brempt en tant que vice-présidente du S&D, laisse présager une perte significative de l’influence belge. Avant d’apprécier le poids et l’influence réels de la Belgique au sein des institutions européennes, il faudra néanmoins attendre que les commissions parlementaires se forment afin d’identifier les postes occupés par les Belges.